Le cimetière Israélite de Haguenau

    Texte de Jean-Pierre Kleitz

    Histoire de la communauté juive de Haguenau et de son cimetière :

    La communauté juive de Haguenau se constitue très probablement dès le XIIème siècle, c'est à dire à la fin du Moyen-âge.

    Jusqu'en XIV siècle, en dépit de nombreuses restrictions, la communauté pu se développer.

    La grande peste de 1348 entraîna de nombreuses spoliations et une expulsion temporaire.

    Néanmoins, la communauté pu revenir et s'accrue d'israélites venus des villages avoisinants.

    Les juifs pouvaient résider moyennant le versement de lourdes taxes.

    En 1678, Haguenau comprenait 15 familles.

    En 1784, la communauté comprenait 64 familles dont 325 membres.

    Elle continua de croître jusque dans les années 1840-1850.

    Puis avec l'immigration vers les Etats-Unis et celle liée à l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne la population commença à décroitre.

    L'histoire du cimetière n'est documentée qu'à partir du XVIème siècle, mais on suppose que cette nécropole est aussi ancienne que la communauté et qu'elle remonte à la fin du Moyen-âge.

    Description du cimetière :

    A droite, en entrant au cimetière, se trouve un bâtiment, qui servait dans le temps à préparer les défunts. Ils y étaient "purifiés" et habillés avant leur mise en bière. Actuellement ce rituel de purification se pratique soit à domicile, soit à l'hôpital. On trouve également dans ce bâtiment une salle de prière, qui sert par mauvais temps à abriter les cérémonies précédant les inhumations.

    Le premier bâtiment a été construit en 1874. Un second bâtiment, certainement plus grand que le premier, a été construit en 1887. La même année a été construite la maison du gardien du cimetière en face du cimetière.

    Concernant le cérémoniel propre aux inhumations, je vous conseille d'aller sur internet, sur le site du Judaïsme Alsacien.

    Le cimetière juif de Haguenau, est, comme tous les cimetières juifs, installés à l'extérieur des murs de la localité et isolé de toute habitation et sur une parcelle inculte.

    En 1766, on signale l'existence d'une palissade de bois clôturant le cimetière. Puis en 1801, cette palissade de bois est remplacée par un mur en pierre.

    Mais revenons aux cimetières juifs en général :

    La région Alsace comporte environ 1000 communes. Sur ces 1000 communes vivaient, il y a deux siècles, environ 150 communautés juives. 

    En Alsace, on trouve actuellement 68 cimetières juifs.  On en dénombre 45 dans le Bas-Rhin et 23 dans le Haut-Rhin. La plupart de ces cimetières sont encore en activité.

    Le cimetière de Haguenau, comme tous les cimetières israélites est un espace privé et non public comme les cimetières chrétiens gérés par les municipalités.

    Il est la propriété de la communauté israélite et géré par le Consistoire Israélite du Bas-Rhin. L'entretien se limite au désherbage et à un fauchage annuel, réalisé de mains de maître par la municipalité de Haguenau.

    Le cimetière accueille les défunts d'une vingtaine de communautés juives. Parmi les communautés les plus importantes, outre les juifs de Haguenau, on y trouve ceux de Soultz sous Forêts, Surbourg, Schirrhoffen, Schweighouse sur Moder, Hatten, Goersdorf, Herrlisheim, Kutzenhausen, Batzendorf.

    A la fin du 19ème siècle, certaines communautés, comme Hatten, Schirrhoffen et Soultz, créèrent leur propre cimetière et n'enterrent plus leur défunts à Haguenau.

    La superficie du cimetière est d'environ un hectare et 60 ares.

    Le nombre d'inhumation est difficile à estimer car toutes les tombes n'ont pas n'ont pas eu de monument funéraire. Au regard de la surface du cimetière, on peut estimer qu'environ 5000 à 6000 personnes ont pu y être inhumées. 

    Un registre reprenant les stèles du cimetière existait avant 1940. Mais ce registre a disparu lors de la seconde guerre mondiale, probablement volé par les services du Reich. Après guerre, un registre très précis a été reconstitué par Monsieur LEMMEL de Haguenau.

    Opération "Nordwind" :

    Vous allez vite remarquer que la plupart des stèles sont endommagées.

    C'est qu'il y a eu, dans ce cimetière, une bataille.

    Vous avez certainement entendu parler de l'opération "Nordwind"

    Fin 1944, les alliés libèrent progressivement la France de l'occupation Nazie. Presque toute l'Alsace est libérée, sauf la poche de Colmar.

    Dans le Nord de l'Alsace, les alliés libèrent Wissembourg et Lauterbourg, mais ces derniers sont "à bout de souffle".

    Les "Nazis" se réorganisent et contrattaquent le 1er janvier 1945 dans une opération qu'ils appellent "Nordwind".

    Ils repoussent les alliés jusqu'à la Moder; puis épuisés, à court de carburant, ils ne peuvent aller plus loin, arrêtés par un hiver rigoureux.

    Les alliés restent dans la ville de Haguenau retranchés derrière le canal de décharge, situé à 150 mètres d'ici.

    En mars 1945, les alliés lancent la contre-attaque. Mais ils ont remarqué que les soldats Nazis se sont infiltrés dans le "No-mans-Land" entre la Moder et le canal de décharge et occupent le cimetière juif.

    Le jour de la contre-attaque des alliés, ces derniers lancent des centaines d'obus de mortier sur le cimetière pour éliminer les soldats du Reich.

    J'ai personnellement trouvé des dizaines de débris d'obus de mortier et de nombreuses douilles, balles et autres Schrapnels.

    Le cimetière a également été miné, mais rassurez vous, il n'y en a plus de mines, car il a eu trois déminages.

    Suite à ce bombardement, certaines sections du cimetière étaient quasiment vides de stèles.

    On considère que 500 stèles ont été irrémédiablement détruites; de plus toutes les autres stèles ont été endommagés.

    Voici pour l'opération Nordwind.

    En cinq années, nous avons procédé à la photographie de tous les monuments funéraires de ce cimetière et nous pouvons vous affirmer qu'il y en a environ 3200.

    Ces 3200 stèles sont réparties en 24 sections matérialisées sur le terrain. Chaque stèle est également numérotée à l'arrière.

    Monument aux morts.

    Ce monument a été érigé en 1948 en mémoire des juifs de Haguenau et des villages environnants morts en déportation dans ce qu'on appelle "l'holocauste".

    Texte de Jean-Pierre Kleitz